Je hais la foule, c'est officiel. Je n'ai jamais aimé sortir, surtout pour me retrouver au contact d'individus sous évolués ou d'une foule dence et étouffante... J'ai toujours préféré la tranquillité et la quiétude d'un lieu désert, Ses bras pour seule compagnie. Mais voila, tout à une fin, et la mienne a été bien plus brutale que prévue.
Les portes du tramway s'ouvrirent dans un sifflement grave mais stridant, me vrillant les tympans bien que j'étais sur le trottoir, à environ trois mètres de l'engin qui vomissait son contenu de nouveaux, de redoublants, d'habitués... Bref, de lycéens. Combien d'entre eux seraient avec moi, je n'en avais aucune idée, et à vrai dire je n'en avait que faire. Mais est ce que, parmi tous ces étudiants, l'un d'entre eux était comme moi, un monstre? Ou serais-je le seul à ne jamais pouvoir apprécier la saveur des aliments sans ressentir un malaise profond en me rappellant ce qui m'étais arrivé?
En m'approchant de la grille, là ou étaient rassemblés une bonne partie de fumeurs, je baissais rapidement mes yeux bleus azurs, laissant quelques mèches noires retomber devant mes yeux, les cachant partiellement. Je n'aimais pas attirer l'attention, et pourtant vue ma tenue vestimentaire, je ne pouvais pas passer inaperçu... Les éternels commentaires fusèrent: Satan, le gothique, le suicidaire... Quoi de plus habituel après tout, la différence a toujours été mal vue dans ce monde, que ce soit par rapport à la couleur de la peau, à la langue, à la nationalité, au style vestimentaire... Comme dit le proverbe, on est toujours l'idiot de quelqu'un. Heureusement que je n'étais pas spécialement grand, à peine 1 mètre 75, ce qui, parfois, m'aidait à passer innaperçu.
Je préssais le pas, dépassant les adolescents en coup de vent, leur rire raisonnant encore à mes oreilles lorsque je m'engouffrais dans le batiment principal. Je ne connaissais pas vraiment ce lycée, mais je n'avais pas eu l'envie ou même le courage de retourner dans celui qui m'avait acceuillit il y a un an de cela. Trop de bons souvenirs m'auraient achevés, et j'aurais été bien incapable de tenir ma promesse. Dire qu'aucun de nous deux ne pensait avoir à l'honorer un jour... Je m'orientais avec un peu de difficultées, trouvant finalement les dizaines de fiches collées contre les murs, des élèves de premières et de terminales tassés devant elles, cherchant leur nom. Je restais à l'écart pendant de longues minutes, à l'ombre d'un pillier blanc, mais voyant que la masse ne faisait qu'augmenter, j'allais me meler aux autres élèves. Les différentes odeurs m'assaillirent, mais celle du sang fut la plus présente, réveillant la brulure de ma gorge. J'effleurais mon cou par réflexe, y sentant les marques habituelles, et recherchais rapidement ma classe, que je repérais rapidement. Il n'y avait que deux classes pour la fillière Littéraire, je ne mis pas bien longtemps pour trouver mon nom, mais j'en mis un peu plus pour trouver la salle devant laquelle nous devions rencontrer notre professeur principale... Pour ne pas dire que je m'étais totalement perdu dans le lycée.
La sonnerie retentie lorsque je me rendis compte que non seulement je n'étais pas au bon étage, mais je n'étais pas non plus dans le bon batiment... J'étais en retard dès mon premier jour de cours, ce qui n'était franchement pas le mieux pour passer innaperçu. Je rebroussais chemin, ne me rendant compte que maintenant qu'il y avait des panneaux indiquant les différents batiments. J'arrivais dans le hall principal du lycée, et alors que je cherchais le bon batiment, un garçon vint se planter à mes côtés.
"- Heu... Excuses moi, tu sais pas où est la salle N103?"
Je me retournais dans sa direction et fus surpris de voir un jeune asiatique aux cheveux blonds décolorés mis long, hérissés de piques. Je devait faire une tête de plus que lui, mais son haut sans manche laissait voir des bras pâles et finement musclés, bien plus que moi en tout cas. Ses yeux, et ce fut ce qui me choqua le plus, semblaient scintiller et étaient d'une magnifique couleur émeraude, légèrement soulignés de noir, ce qui était anormal pour un asiatique, peut être des lentilles? Je m'attardais quelques secondes sur sa tenue, son haut sans manche étant décoré de chaînes et un pantalon large ouvert aux genoux, les ouvertures retenues par des sangles, le tout de couleur noir. Je l'aurais facilement prit pour une fille si je ne l'avais pas entendu parler, son visage était fin et délicat. Me rendant compte que mon comportement n'était pas vraiment poli, je relevais rapidement la tête dans sa direction, et sa ressemblance avec Lui me frappa. Ils avaient des traits aussi fins, le même regard pétillant et un sourire plein de gaieté aux lèvres... Des souvenirs douloureux remontèrent, et je me mordis la lèvre pour ne pas craquer. Pas maintenant, ce n'était ni l'endroit ni le moment. Prenant une profonde inspiration, je plantais mon regard dans le sien.
"- Je la cherche aussi à vrai dire.
- Tu es aussi en première L?
- Oui.
- Cool, je serais pas en retard tout seul! On la cherche ensemble?
- Daccord."
Ma voix avait perdu la moindre trace d'assurance, et mes phrases étaient vraiment courte, mais mon vis à vis n'en tint pas compte, m'entrainant à sa suite dans les couloirs, passant devant une série de portes en coups de vent. Je le suivais de pret, et il me sembla même que son sac remua à un moment, mais mon imagination devait me jouer des tours... Il s'arreta soudainement, et je le rejoignis, puis nous entrâmes après avoir frappés. Une trentaine de regards se posèrent directement sur nous, et je me sentis extrèmement mal à l'aise. L'envie de faire volte face me tenta, mais le garçon décoloré prit la parole, et son timbre grave et assuré m'empécha de repartir.
"- Excusez nous, on s'est perdu.
- Vous devez donc être messieurs...?
- June Kiyoi pour ma part.
- Et donc voici Abel Zacht?"
J'aquiessais d'un signe de tête, mal à l'aise d'être ainsi au centre de l'attention, mais le professeur nous envoya rapidement nous assoir, et nous nous retrouvâmes assis côte à côte, n'ayant plus de places ailleurs. Notre professeur principal se trouvait être celui de francais, bien qu'il ait plus la carrure d'un rugbyman que d'un phylosophe...
Mon voisin sursauta soudainement sur sa chaise, et avec mes sens plus développés que la moyenne je manquais de sursauter à mon tour. Il enfonca rapidement quelque chose dans son sac en gromelant quelque chose, et ramena rapidement sa main contre lui. Je pus cependant apperçevoir une trace de morsure sur sa main, et il me sembla soudainement beaucoup moins sympathique... Sur quel genre d'adolescent j'étais tombé au juste? Et qu'est ce qu'il cachait dans son sac? Je ne préférais pas m'attarder sur la question, me concentrant plutôt sur les informations plus ou moins interessantes que le professeur pouvait nous donner. La sonnerie arriva finalement, et June ma salua que chacun ne rentre chez soit. J'arrivais en bas de l'immeuble, et regagnais rapidement les étages, prenant garde à ce que personne ne me voit. Je ne savais toujours pas comment j'avais fait pour continuer de vivre ainsi, caché perpetuellement des autres locataires... Enfin, maintenant il n'y avait plus personne, certains pensaient que l'endroit était hanté à cause des pleurs qui raisonnaient plusieurs fois par semaines ou par mois... Ils n'avaient pas totalement tord, l'endroit était bien hanté, mais pas par un fantome...
A peine rentré, j'allais aussitôt ouvrir le réfrigérateur pour prendre une poche de sang. Ma gorge s'enflamma soudainement tendis que mon ventre se noua. Je me détestais d'avance pour ce que j'allais faire, mais je n'avais pas le choix. Si ma gorge m'avait brulé au lycée, c'était généralement signe que j'étais affamé et que je ne pourrais pas me retenir longtemps. Autant que cela se passe dans mon appartement, plutôt que je massacre un lycéen innocent... D'autant plus que je pourrais m'attirer des ennuis importants si quelqu'un venait à découvrir ce que j'étais. Mes canines se dévoilèrent, légèrement plus longues et fines que la moyenne, et je trouais le plastique avant de laisser le liquide couler dans ma gorge. Le gout sucré du sang m'arracha un haut-le-coeur, et je me forcais à respirer calmement, bien que je n'en ai plus besoin, avant de recommencer à me nourrir. La brulure de ma gorge diminua petit à petit, jusqu'à disparaitre totalement, redevenant un souvenir.
La soirée passa tranquillement, et je me questionnais sur mon éventuel avenir dans ce monde... Tout en essayant de trouver la moindre source de chaleur réconfortante. Mais non, j'étais seul. J'étouffais un sanglot, avant de me rouler en boule sous les draps, attendant qu'un sommeil réparateur ne m'emporte...
Je me réveillais vers sept heures, le réveil de mon portable m'arrachant des bras de Morphée. Sans perdre de temps, j'allais prendre une douche glacée pour me réveiller et détendre mes muscles crispés, profitant pendant de longues minutes du contact de l'eau froide retracant chaque parcelle de mon corps d'une paleur et d'une maigreur effrayante. Je sortis rapidement et allais m'envelopper d'une serviette tiède, me séchant et m'habillant rapidement, avant de sortir sans un bruit de chez moi. Sur le trajet, je me posais la question des manuels scolaires. J'avais déja dû retirer tout l'argent possible de mon compte bancaire, et je commencais à avoir du mal à vivre convenablement... Un travail risquait de devenir prochainement obligatoire si je voulais pouvoir continuer à acheter ce qu'il me fallait pour mon hygiène personnelle, et pour assurer mes cours.
J'arrivais rapidement au lycée, et je fus surpris de voir June à l'entrée, supportant des sarcasmes que lui lançaient une bande de lycéens immatures. A mon approche, il leur décocha un regard à vous glacer le sang, et se retourna dans ma direction en me souriant. Il était bien moins effrayant avec un sourire... Il avait moins l'air d'un tueur. Il me salua gaiement, puis nous nous dirigeâmes ensemble vers notre salle de cours.
La première semaine passa tranquillement, June était quelqu'un de très spontanné, qui disait toujours ce qu'il pensait, même si parfois il ferait mieux de s'abstenir... Il pouvait paraître envahissant, mais je me rendais compte qu'il savait souvent quoi dire lorsque je me replongeais trop dans mes pensées, m'en sortant sans trop me brusquer. Il ne posait jamais la moindre question sur ma vie privée, mais je captais certaines fois les regards inquiets qu'il me lançait... Et je devais avouer qu'il m'intriguait énormément également.
Il buvait toujours quelque chose dans une briquette noire, et la seule fois ou je lui avait demandé ce que c'était, son regard était devenu vide et il m'avait répondu avec un haussement d'épaule, je n'avais pas cherché à en savoir plus depuis. Il était un adolescent mistérieux... Et ce mistère m'intriguais. Pour une fois que quelque chose retenait mon attention. Mais il n'y avait pas que cela. Il faisait preuve d'une agilité et d'une rapidité impréssionnante, surtout en sport, ou il se faisait respecter, voir craindre, sans trop de diffiultées. Soit il était un grand sportif, soit il était étrange jusqu'au bout.
Tout aurait pu continuer ainsi, mon retour à la vie normale aurait pu se faire dans de très bonnes conditions, si je n'avais pas oublié un détail... Détail qui n'échappa pas au regard percant de l'asiatique. Nous passions désormais notre temps ensemble, trouvant la compagnie de l'autre agréable, calme ou réconforfante. Mais au bout de trois semaines de cours normaux et de vie humaine, j'avais perdu l'habitud de porter l'écharpe qui masquait habituellement mon cou, la trouvant innutile et génante puisque je ne ressentais plus vraiment le froid.
Lors d'une de nos pauses, June et moi nous étions retirés dans un endroit calme et peu visiter des élèves pour nous détendre, tout deux plongés dans un silence totale et relaxant. June avait les yeux rivés vers le ciel, mais il fini par baisser les yeux dans ma direction, fixant quelque chose. Je le regardais quelque secondes, et remarquais qu'il avait l'air inquiet... Ou contrarié?
"- Qu'est ce qu'il y a?
- C'est quoi ces marques, dans ton cou?"
L'angoisse me prit à la gorge, et j'y portais aussitôt ma main, sentant deux petites cicatrices rondes sous mes doigts. Je baissais les yeux tendis que les larmes brouillèrent ma vue, des souvenirs douloureux revenant me hanter soudainement.
"- Ce n'est rien... Un animal quand j'étais enfant...
- Ho... Je vois..."
Il détourna ensuite les yeux puis se releva, prenant son sac de cours et me souhaitant une bonne fin de journée. Nous avions fini les cours depuis 14 heures, mais ni l'un ni l'autre n'avait envie de partir... Jusqu'à maintenant. Je pris également mon sac et, des larmes plein les yeux, je pris la direction de la sortie arrière du lycée, la moins fréquentée, et je fini par courir à en perdre haleine pour retourner chez moi, un poids immonde me détruisant la poitrine à chaques pas que je faisais, les larmes dévallant mes joues.
J'avais eus tord de penser qu'un retour à la vie normale était possible. Je resterais toujours un montre, quoi que je fasse. Rien ni personne ne pourra jamais changer cela.